En vingt-cinq ans de syndicalisme à la centrale EDF de Chinon, Michel Lallier, chimiste et cégétiste, a vu les risques se suivre, sans toujours se ressembler. Ceux liés à l’exposition des sous-traitants aux radiations, d’abord. Puis, vers la fin des années 80, il assiste à l’apparition d’une « souffrance éthique, quand il s’est agi de passer du service public à une gestion financière dictée par les actionnaires, ce qui a modifié en profondeur, pour les salariés, l’organisation et le sens du travail ». Des suicides, EDF en connaît dès les années 80. « Mais, à l’époque, même nous, syndicalistes, les attribuions à des causes personnelles. C’est plus tard, en rencontrant notamment Christophe Dejours, que l’on a pris conscience du lien possible avec le travail. »
Même s’il est aujourd’hui à la retraite, Michel Lallier poursuit le combat. Avec d’autres professionnels engagés, comme Dominique Huez (médecin du travail) ou Serge Dufour (directeur du pôle expertise du cabinet Émergences), mais aussi une avocate, une ergonome, un inspecteur du travail…, il a créé cet été l’« association d’aide aux victimes et aux organisations confrontés aux suicides et dépressions professionnels ».
Objectif : accompagner les victimes et leur famille dans leurs démarches administratives et juridiques pour la reconnaissance en maladie professionnelle ou accident du travail. « Nous voulons produire de la jurisprudence, mais également construire un réseau d’échange de connaissances et d’expériences entre les acteurs sociaux impliqués : syndicats, CHSCT, services de santé au travail, etc. »
En matière d’expérience, Michel Lallier a de quoi partager : en 2007, il a accompagné la famille d’un technicien qui s’était suicidé trois ans plus tôt lors de son procès contre EDF. La même année, trois autres salariés de la centrale mettaient fin à leurs jours.
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