Journée européenne d’action des salariés de General Motors Europe, le 26 février dernier, et de ceux de l’équipementier automobile Bosch, le 16 février (v. p. 8). Deuxième journée de mobilisation, le 11 février, des salariés des groupes Hewlett-Packard et EDS avec, la veille, une journée d’action dans le groupe sidérurgique ArcelorMittal. Face à la cascade de restructurations, la mise en place de coordinations syndicales à chaud, appelant à une mobilisation européenne des salariés, est de plus en plus fréquente.
Dans la plupart des cas, la fédération syndicale européenne prend l’initiative d’inviter à Bruxelles les responsables syndicaux nationaux des groupes concernés. Ces derniers échangent alors des informations sur leur situation nationale et débattent ensuite de mesures à prendre en commun. Outre une déclaration dans laquelle ils soulignent leur désapprobation et réclament un dialogue social renforcé, les représentants syndicaux mettent de plus en plus souvent en avant deux armes : la journée de mobilisation européenne et la négociation d’un accord pour fixer un cadre commun aux mesures d’accompagnement des restructurations afin que tous les salariés d’Europe soient traités de façon équitable.
Quels sont les résultats de ces initiatives qui mettent les moyens humains et financiers des fédérations syndicales européennes à rude épreuve ? Le seul résultat tangible reste celui d’une amélioration de la circulation de l’information entre les représentants des différents pays. L’objectif étant d’éviter une concurrence entre les différents sites.
Pour le reste, les effets restent peu significatifs : les journées d’action sont suivies de façon très variable selon les pays. Si les plus touchés parviennent à mobiliser, les autres peinent à organiser des événements. La coordination syndicale a elle-même des difficultés à recenser toutes les actions menées.
En termes médiatiques, la journée d’action manque de visibilité car l’événement est couvert nationalement et localement, rendant ainsi la dimension européenne peu évidente. Seules les manifestations dans les rues de Bruxelles symbolisent une action européenne, mais encore faut-il qu’un nombre significatif de salariés, de plusieurs nationalités, soit réuni.
Quant au cadre commun en matière de restructuration, l’idée est de parvenir à un accord avec des mesures applicables à tous les salariés concernés en Europe. Cette preuve de solidarité se heurte à la diversité des modèles nationaux et aboutit pour l’instant, dans la plupart des cas, à un engagement de la direction à éviter tout licenciement sec ou à respecter les processus d’information et de consultation au niveau national.
Les fédérations syndicales européennes ne peuvent pas faire de miracle : réunir les représentants syndicaux, les mettre autour d’une table et les inciter à apporter des réponses communes, ce sont leur seul pouvoir. Au-delà, tout repose sur l’appétence des uns et des autres à réaliser un travail de fond et à convaincre les organisations nationales à jouer la carte de la solidarité européenne plutôt que celle du chacun pour soi. Or c’est là que le bât blesse la plupart du temps. « Si ce travail de fond n’est pas entamé, explique Claude-Emmanuel Triomphe, délégué Europe de l’association Astrees, ces initiatives restent des feux de paille, sans impact au niveau européen. »
L’émergence de ces coordinations, outre le fait qu’elle légitime le rôle des fédérations syndicales européennes, marque aussi l’absence criante des CE européens, dont on pourrait attendre qu’ils servent aussi, en tant qu’instance pérenne de représentation, de réseau d’échange d’informations et de lieu de discussion permettant de dépasser les intérêts nationaux.
L’articulation entre CE européens et coordinations syndicales reste encore à inventer. À ce Meccano de relations sociales s’ajoute le lancement, au niveau des multinationales, d’alliances syndicales mondiales, surtout sous l’impulsion des syndicats nord-américains, afin d’obliger ces groupes à reconnaître les syndicats, à respecter les droits syndicaux et les normes fondamentales du travail. Dans les deux cas, coordination ou alliance, la difficulté reste pour les syndicats de pérenniser le réseau mis en place, qui tend à s’effriter dès la restructuration passée ou l’accord-cadre international signé.
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